












C’était le premier des quatre concerts de la fête du jazz que vit La Havane actuellement.
« Nous étions très émus et un peu nerveux car nous voulions très bien jouer. Nous avons joué dans de nombreux pays et avec beaucoup de pression, mais aujourd´hui nous aspirions tous que se soit excellent parce que nous sommes à Cuba et nous voulions que les gens jouissent de notre musique », a admis Wynton Marsalis en exclusivité pour le journal Prensa Latina quelques minutes après avoir la fin d’un récital de quasi deux heures.
Le directeur artistique de la JLCO a souligné : « La réponse du public a été très chaude. Mes musiciens et moi aimons Cuba, ici les gens sont très chauds et il y a un esprit, une vibration et un feeling qui n´est pas possible d’expliquer. »
Né à Nouvelle Orléans et lauréat du premier Prix Pulitzer en musique avec l´œuvre épique Blood on the fields sur l´esclavage, il a signalé que les cultures de Cuba et de sa région natale « sont très semblables, et le plus important est que nous nous allons apporter nos expériences des échanges avec les personnes et avec leurs traditions. »
Le gagnant de neuf prix Grammys a ajouté que sa nouvelle visite à Cuba – où il est venu pour la première fois durant l´année 1997 – « Est une grande opportunité pour apprendre et c’est une bénédiction. J’aime que l’on m’enseigne. Cela maintient mon esprit actif. Être à Cuba est une grande occasion pour apprendre. J’adore la culture cubaine et tout ce que je peux percevoir en elle », et il a révélé « de nombreux jazzistes nord-américains veulent venir ici ».
Un concert pour l´histoire
Comme un grand boxeur, Wynton a commencé à briller dès les premières secondes de ce concert, une expédition vers l´essence même de l´histoire et de la genèse du jazz.
Son voyage musical a commencé avec le thème Iñakia’s decision, dont la structure lui a permis de développer des lignes mélodiques qui ont renforcé la vitalité et le pouvoir rythmique de ses qualités comme instrumentiste et l’admirable connexion des membres du Lincoln Center Orchestra.
À partir de ce moment il a offert une « master class », avec 11 thèmes qui ont séduit un public déjà conquis et mettant en évidence que le jazz n´a pas de mystères pour Wynton Marsalis : ou plutôt, il est le mystère.
Il n’y a aucun doute qu’il est né avec un don réservé seulement à quelques-uns : celui de déchiffrer avec profondeur les infinies possibilités rythmiques et émotives qui reposent sur les origines de cette musique.
Un attribut qui lui permet de se convertir sur scène en la plus parfaite personnification du jazz et de lui sortir le maximum avec une bande qui n´a pas de fissures et dont les membres peuvent conduire n’importe quel groupe de grande envergure. Mais ce n’est pas un jeu d’assumer les complexes arrangements de thèmes du niveau de Baa-Baa Black Sheep, où en imitant le bêlement des brebis à travers le légendaire effet « wah wah ». Pour cela il faut connaître au détail les langages profonds du jazz. C´est-à-dire, du bon jazz : son rythme, sa fraîcheur et ses niveaux d´improvisation, ce qui leur a permis une interprétation remarquable de titres tels que Dali et The block et de se déplacer avec une même dextérité et rigueur dans l´exécution de thèmes propres et ceux de « grands », comme l’appelé « Mozart du jazz » Duke Ellington et Dizzie Gillespie (Thing to come).
Wynton Marsalis et le JLCO possèdent un autre attribut marqué au fer rouge. Ils connaissent à plénitude le pouvoir d´évocation de ce style et ils savent utiliser leurs armes, comme un joueur d´échecs, pour causer le plus grand impact parmi le public au moment spécifique. Et dans ce cas, ils sont parvenus à apporter aux spectateurs, à plusieurs reprises, un parcours fascinant de la naissance et du développement de ce type de racine noire.
Les yeux fermés on pouvait écouter les lamentations et les chants des esclaves dans les champs de coton et leurs rituels de magie noire et de danses ; les improvisations dans les clubs de Storyville, dans l´ancienne partie de Nouvelle Orléans, ou se voir sur la piste d´un des cabarets où faisaient fureur les big bands dans les années 50.
Mais quand beaucoup pensaient qu´une autre exposition de virtuosité n´était pas possible, Wynton Marsalis a sorti de sa manche une des surprises qui a laissé le public bouche bée et l´âme dans un poing.
Il s´est agi du chanteur et tromboniste Chris Crenshaw, qui a offert un virage providentiel vers le blues avec l´interprétation de I left my baby. Et il l´a fait en chantant comme les dieux. Ou mieux, comme les dieux du blues.
Il n’y a aucun doute, c’est un récital qui passera dans les annales comme un des meilleurs concerts de musiciens étrangers à La Havane, et un niveau de plus dans « la légende Marsalis ».
Une représentation qui sera difficile à surpasser par les musiciens du Lincoln Center Orchestra lors des autres concerts havanais. Mais, à vrai dire, avec ces authentiques hommes du jazz on ne sait jamais.
